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En psychologie scientifique, l’affirmation de soi (ou assertivité, calquée sur l'anglais assertiveness) désigne la capacité d’un individu à exprimer ses émotions, ses pensées, ses besoins et ses droits personnels, tout en respectant ceux d’autrui, sans anxiété excessive ni recours à l'agressivité.
Le concept s'est structuré à partir des travaux pionniers du psychiatre Joseph Wolpe (1958) sur l’inhibition réciproque, montrant que l'affirmation de soi est incompatible avec l'anxiété sociale. Il a ensuite été formalisé cliniquement par Robert Alberti et Michael Emmons (1970), puis adapté et popularisé dans l'espace francophone par des cliniciens comme Frédéric Fanget et Charly Cungi.
Contrairement à un trait de personnalité inné, l'affirmation de soi est un ensemble de compétences relationnelles et émotionnelles, qui s'apprennent, s'entraînent et se renforcent.
En TCC, l'affirmation de soi se définit souvent par contraste avec trois autres attitudes relationnelles dysfonctionnelles :
Dans son modèle de la confiance en soi (souvent représenté sous forme de pyramide), Frédéric Fanget démontre qu’on ne peut pas développer une bonne affirmation relationnelle sans consolider les étages sous-jacents :
L’estime de soi (la base) :
L’évaluation inconditionnelle de sa propre valeur en tant qu'être humain (« je m'aime et je m'accepte avec mes forces et mes faiblesses »). Sans estime de soi, l'individu cherche constamment la validation extérieure.
La confiance en soi (l'étage intermédiaire) :
Le sentiment d'efficacité personnelle (théorisé par Albert Bandura), c'est-à-dire la croyance en sa capacité à agir, essayer, échouer et rebondir (« je suis capable de »).
L’affirmation de soi (le sommet) :
L'expression concrète de la confiance dans la sphère sociale (« j'ose dire, demander, refuser et négocier »).
S'affirmer ne se résume pas à savoir dire non ; l'entraînement aux compétences sociales en cabinet de TCC repose sur quatre registres opérationnels :
Savoir demander : formuler un besoin précis, direct et réaliste, sans sous-entendu et sans exiger que l'autre devine.
Savoir refuser : poser une limite claire sans agressivité et sans surjustification.
Savoir donner et recevoir des compliments : reconnaître la valeur de l'autre et savoir accueillir une appréciation sans se dévaloriser (« merci, cela me fait plaisir » plutôt que « oh, ce n'est rien, c'est vieux »).
Savoir formuler et recevoir des critiques : distinguer la personne de l'acte, s'appuyer sur des faits observables (la méthode DESC de Bower & Bower) et utiliser l'enquête négative pour clarifier les reproches flous.
Les études en psychologie démontrent qu'un bon niveau d'affirmation de soi agit comme un facteur de protection majeur contre :
l'épuisement professionnel (burnout) : capacité à réguler sa charge de travail et poser des frontières claires entre sphère privée et professionnelle.
l'anxiété sociale et la dépression : diminution de la rumination mentale liée aux non-dits et restauration du sentiment de contrôle sur sa vie.
les conflits destructeurs : substitution de l'agressivité ou de la rancœur larvée par une communication transparente et constructive.
Fanget, F. (2002). Affirmez-vous ! Pour mieux vivre avec les autres. Odile Jacob.
Fanget, F. (2003). Oser : Thérapie de la confiance en soi. Odile Jacob.
Wolpe, J. (1958). Psychotherapy by Reciprocal Inhibition. Stanford University Press.